Mardi 20 janvier 2009
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Les mots : question de vie ou de mort .Cet écran me terrifie beaucoup moins que la vie . Tout est trop blanc,
et tout me blesse, pourtant, et j’ai aussi peur de la lumière que des ténèbres . Je survis depuis si longtemps en noir et blanc, je suis encore là mais je n’inverse pas la vapeur maintenant, et
pas demain, car demain n’existe pas … je vais m’éteindre comme ce bâton d’encens qui brûle près de moi, c’est aussi simple que ça, et c’est aussi complexe . J’essaie de reprendre le fil là où il
s’est rompu, mais je ne me souviens plus quand ça s’est produit, j’ai une mémoire d’écorchée vive et le cœur à fleur de peau mais je flotte dans un no man’s land impossible à décrire . Le fil de
ma vie est plein de nœuds et on ne peut que m’arracher des lambeaux de chair, des lambeaux de mon cœur si on tente de les défaire, tout est trop serré, comme cette spirale-étau, alors il va me
falloir couper, trancher dans le vif, pour, peut-être, atteindre le centre du problème, mais je suis l’incarnation de ce problème, je ne peux donc m’en détacher, je n’ai presque plus de faculté
de discernement, si toutefois j’en ai jamais eu . La douleur, je l’ai tuée pour un instant … à grands renforts chimiques, c’est ma seule possibilité de tenir, mais c’est aussi ma façon de mourir
. Je ne sais pas qui je suis, les repères de ma vie sont dans un flou qui n’a rien d’artistique, je me suis toujours sentie perdue, je viens d’ailleurs mais j’ignore d’où, je n’ai pas perdu la
mémoire, elle est entachée de sang, à l’endroit des entailles, ou des mailles détricotées, cette vie est pleine de vides, et dans tout ce vide je me perds, et je perds mon sang . Où trouver le
ressort, je sais trop bien que je dois le faire seule, mais tout est si lourd, tout est fardeau … et c’est aussi ce que je suis . Garder assez d’énergie vitale pour gagner ce combat de la
dernière chance, tel est le défi, et je ne sais même pas pourquoi je cherche désespérément à décider … de me laisser entailler par le fil du rasoir ou tenter de m’y maintenir … en équilibre plus
que précaire . Je sais ce qu’est l’usure, le déni de soi-même, le refus, la quasi-désincarnation, je n’aspire qu’à l’évanescence et pourtant … je dois bien me trouver quelque part, où tout ce
temps perdu j’ai résisté en vain . Je n’aurais pas du entrer dans la vie, j’ai la certitude que je m’y refusais, mais le passage du relais ne peut se faire, pas de traces, ce ne serait rien s’il
n’y avait pas … les autres, qui, peut-être, qui sait, pourraient finir par m’avoir en mémoire, même si je n’existe que très faiblement . Je n’ai pas de racines, à l’image d’un arbre dont personne
n’a pris soin, et qui s’est étiolé au lieu de se développer . L’absolue solitude, je ne connais que ça, et ma soif d’absolu me met en péril, tout est si confus, il y a trop de choses, et je hais
la réduction, j’en ai été assez victime pour savoir qu’elle aussi tue . Les volutes de fumée viennent de cesser, suis-encore là, ou ai-je quitté ce monde mortel, l’usure, mais je peux voir
encore, même si ce sont les vibrations d’une musique lointaine, en boucle, qui parle d’âme, qui dit j’ai besoin de quelqu’un, pourtant même ces mots-là il m’est interdit de les dire, tout ce
semble être la Vie m’a été interdit … par qui, pourquoi, faut-il raconter cette histoire, je devrais être à mi-vie mais je suis peut-être à la fin, me relever avant qu’il ne soit trop tard,
relever l’impossible défi, et creuser dans mes cicatrices au risque de réouvrir les blessures, mais aussi au risque de vivre, ce que je n’ai jamais fait . Je n’entends pas l’écho des mots, c’est
si tentant d’abandonner, si tentant de me laisser glisser, d’accompagner ce mouvement descendant, je peux tout arrêter, il me suffit de ne rien dire, et ce sera terminé, en ce monde qui m’est
étranger . Etouffer ce cri comme je l’ai fait depuis ma naissance, ou tordre le cou à ce qui m’étouffe, m’écrase, m’étrangle, tout ce qui vient de si loin, tout ce qui m’a catapultée là où je me
trouve maintenant, en sachant vaguement comment mais en me demandant toujours pourquoi . Question de vie … ça ressemble à un saut dans le vide avec ou sans élastique, dans un précipice où ma
chute libre n’en finit pas . Je suis presque transparente, mais les fantômes qui me hantent m’ont rendue aussi fragile, aussi vulnérable qu’un vieux parchemin, où des signes indéchiffrables
s’effacent, il faut faire vite et tenter de remonter le cours de ce temps qui n’existe pas . Tout comme moi, brindille qui brûlera comme de la paille, dans un feu de pacotille, incendiée, broyée,
tout ce que l’on voudra . Se laisser glisser, je le fais depuis si longtemps, je n’ai pas appris les règles de la vie, ou je les ai refusées, ou les deux . Je porte un fardeau qui m’écrase et je
me veux si légère, coupable, certes, mais de quoi, et pourquoi à mes propres yeux, avant que ça ne soit aux yeux des autres . Impossible réconciliation avec ma propre histoire, puisque je n’en ai
été que la spectatrice et non l’actrice . Réparer … Je n’ai pas eu d’autre but . Aucun désir susceptible de me construire une véritable identité . Echafaudage bancal … pire qu’une usurpation, je
n’ai pas su être, et tout est allé beaucoup trop vite, jusqu’à ce que je m’enlise dans ces terribles sables mouvants .