Si l’
L'anorexie demeure un mystère, si elle fait peur, si les thérapeutes qui s’avouent impuissants sont on ne peut plus rares, s’ils pointent du doigt les anorexiques ils ne comprendront jamais rien,
c’est brutal et ils s’en prennent aux plus vulnérables, aux plus fragiles, à celles qui savent mais ne diront jamais … parce qu’elles savent d’avance le sort qui leur est réservé … la violence
avec laquelle on les traitera … cela, on ne le répètera jamais assez . Si Antigone emmurée vivante demeure un symbole de rébellion, il faut aller chercher plus en profondeur tout ce qu’elle a
voulu dire … il faut jeter aux orties tout ce qui constitue une prétendue avancée en matière de psychologie, et de psychiatrie, l’anorexie est un mal, pas une maladie . Le mal-être n’est pas à
mettre dans une tel fourre-tout … ou bien on retombe dans l’amalgame, la réduction, la simplification … or rien n’est plus complexe . Pas plus que les autres, je n’ai la clé . Je n’ai que ma vie
à montrer … partiellement … mon vécu, mon ressenti, ma sensibilité … et ma vulnérabilité aussi, je peux en faire une force dans l’empathie … parce que je me suis toujours sentie marginalisée sans
jamais l’avoir cherché, exclue sans vraiment savoir pourquoi, et si je me suis finalement désocialisée c’est parce que je ne suis pas maso, aucune anorexique ne l’est, elles savent, elles ont un
raisonnement qui tient debout, mais leur souffrance est indicible, elle cesserait de l’être si on changeait d’optique, si on ouvrait les perspectives, si on les « envisageait » sous un
tout autre angle . Je sais bien que la façon dont je vis comme un traumatisme très douloureux ce qui m’arrive en ce moment, c’est précisément parce que plus que jamais, je suis une anorexique .
Si ça n’était pas le cas cette escalade pondérale ne serait pas un problème, en tout cas pas aussi grave, mais là tout devient vertigineux, et la chute peut m’être fatale, elle le sera si ce
processus infernal continue … Je n’ai pas le pouvoir de reprendre mon corps en « mains » … de maîtriser quoi que ce soit … moins que jamais . ce qui m’arrive … est une conséquence de
tant de facteurs conjugués … Je me laisse mourir, glisser, je marche comme un automate mais je suis inerte, on croit que je vais mieux mais je n’ai jamais été aussi mal … j’ai besoin qu’on me
soutienne, je suis plus fragilisée que jamais, je ne sais plus comment appeler au secours, comme je ne sais plus comment trouver du répit à défaut de repos … en fait je n’ai jamais appris tout
cela … et c’est ainsi que de l’inné, je n’ai presque rien, pas même l’instinct de survie . Pour survivre il m’a fallu l’apprentissage … seule, d’une stratégie . Et je n’en avais aucun désir
. Mais là encore … ça n’était pas pour moi . Je ne sais rien de la vie, du bien-être … et écrire le mot bonheur me fait peur … conjurer le sort, le
sortilège, sortir de ce piège, de cette impasse, tout me terrorise, je n’ai appris qu’à avoir peur, je sais sourire mais par empathie … seule, je ne sourirais jamais … je suis encore dans le même
questionnement, on ne trouve jamais aucune réponse, seulement des fragments …