Mau
Mauvais plan
Un avant-goût, sans mauvais jeu de mots, on verra pourquoi plus tard . Un avant-goût plus qu’amer sur ce qui m’attend … Remonter le fil du temps c’est aussi difficile … impossible pour moi, maintenant, que de faire de l’escalade en haute montagne . Je ne sais plus rien … j’ai tout perdu, les mots, l’énergie vitale, et l’angoisse est bien là, par contre, toujours tapie dans un coin . Ce qui me dévore m’attend comme un alligator, ça va me tomber dessus en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire … quant à l’écrire, si je me laisse déborder, c’est la fin, rien de moins . Tout recommence … pourquoi j’ai toujours des chansons dans la tête au moindre mot … évidemment, c’est dans mes gênes … même dans les pires moments … je me shoote à la musique … adaptée à mes « états d’âme » … je devrais mettre trente-six mille guillemets voire plus … Bon, il faudrait quand même que je songe à arrêter de tourner autour du pot, tourner dans mon propre cercle étriqué suffit, pas la peine d’en rajouter .
Je reprends tout à zéro . Question de survie, maintenant . Je suis dans la solitude la plus absolue, et dans mon cas c’est en rajouter … sur le fil du rasoir … à tous points de vue … on verra pourquoi . Il faut que j’arrête avec cette phrase avant que ça devienne un leitmotiv ce qui signifierait que je continue dans la procrastination … or c’est un luxe que je ne peux plus me payer . Donc … ça y est, je commence à perdre le fil … au bout de trois lignes ça (re)commence mal … OK … Primo l’impossible face-à-face avec moi-même … on peut s’arrêter là et ce serait un bouquin entier sur ce thème-là et là n’est pas mon propos . Mais je n’ai en rien décidé de tenir un journal . Hors de propos . Inepte . J’ai passé l’âge et qui plus est je n’ai jamais fait ça, ou juste quand j’avais seize ans pendant quelques mois … L’introspection, je la pratique de façon naturelle depuis toujours, non-stop, de manière quasi-pathologique, inutile d’écrire pour ça … mais je l’ai quand même fait … et au final ça donne quoi … des tonnes de feuilles de papiers non classées, mon cœur, mes neurones de disjonctée et mes tripes balancées sur du papier . J’aurais mieux fait d’être peintre, si j’en avais eu le talent . J’ai un thème, en plus … Moi qui ai un mal infini à éviter les digressions et autres fuites dans les chemins de traverse … me fixer un but pareil, c’est voué à l’échec … à l’image de ma vie … Bon il faut que je le dise une fois pour toutes, promesses ou pas … et pourtant pour moi elles ont caractère sacré qui me lie de manière irréversible . Mais la barre est placée trop haut et je ne suis évidemment pas à la hauteur … donc, je n’y arriverai jamais … voilà, c’est dit, comme un postulat … et à partir de là qu’est-ce qu’on est supposé faire … tout arrêter, une fois de plus ? Je vais y laisser ma peau et j’ai pris des engagements pour que mon témoignage serve à quelqu’un … ne serait-ce qu’une seule personne . Je ne suis pas en état . Mais je ne le serai jamais . Je suis HS, l’insomniaque n’est pas encore sortie de sa torpeur et je rame, je rame . La première page et je n’avance pas . Je n’ai pas encore « prononcé » le mot fatidique … attention il arrive … Assez tergiversé … Je n’en ai plus l’âge … mais survivante … enfin … « si Dieu me prête vie » … je suis une anorexique invétérée qui échappe à tous les schémas … J’entends d’ici les commentaires … Toutes les mêmes … eh bien justement, je suis là pour essayer de convaincre tous ceux qui les jugent et ont une opinion toute faite, et qui plus est bétonnée, sur la question, et ces extra-terrestres qu’on veut absolument réduire à tout et n’importe quoi . Parce qu’elles ne peuvent que déranger, bien évidemment . Bon, j’ai la quarantaine et je suis encore là . Avec un potentiel de résistance assez conséquent au départ, sinon, vraisemblablement j’aurais passé l’arme à gauche depuis longtemps . C’est bien comme ça qu’on dit, non ? De toutes façons, personne n’est là pour me contredire … tu parles d’une liberté, c’est vraiment le top du top . Epuisée avant même d’avoir commencé . Ce n’est que l’infime partie d’un tout qui finit par me dépasser . Je ne suis pas sûre de m’en sortir . Et pourtant c’est aujourd’hui que j’attaque le régime spécial anorexie puisque c’est seulement seule que je peux le faire . Je l’ai programmé, et j’ai commencé directement … mais j’avais décidé que ce serait ça … pas nouveau … systématisé … mais allant de pair, cette fois, avec l’écriture . Reste que les conséquences peuvent être … oserai-je dire tragiques quand il s’agit de ma propre vie ? Ca frôle l’indécence . Mais soyons réalistes … et pragmatiques . Je sais où j’en suis, et les risques que j’encours .
Replongeons dans le cœur du problème … je me trouve devant une nécessité absolue au sens philosophique du terme … Nécessaire : ce qui ne peut pas ne pas être . Formulé ainsi, ça ressemble à un point d’interrogation … alors j’ai repris des mots datant d’il y a quelques mois … de quand j’avais retrouvé l’écriture … très difficilement, après un très long passage à vide correspondant avec celui de ma vie .
Pourquoi ne peut-on concevoir que les anorexiques sont d’une fragilité et d’une sensibilité tellement extrêmes qu’elles sont à « manipuler » avec une extrême précaution . On prend soin des flûtes de champagnes de cristal chantant . Mais on entrechoque les chopes de bières . Traiter les anorexiques avec cette violence qui régit de plus en plus … et c’est tellement consternant … les rapports humains … de moins en moins humains … c’est les briser . Les faire basculer, s’effondrer, les frapper très brutalement, et la violence les tue, elles ne sont qu’un cœur ouvert en grand … un cœur tellement aimant … Elles sont de cristal . L’anorexie ne naît pas sans cette hypersensibilité d’écorchées vives … Ce sont des êtres d’un autre monde qui ont peur de tout, de tout le monde, qui ont peur de leurs propres mots … de tous les mots, du jour, de la nuit, de la solitude et du silence … ce sont des biches que l’on traque sans relâche, elles n’ont aucune liberté, aucun refuge, aucun abri au monde et dans leurs sphères brisées elles s’étiolent, elles ne respirent plus, n’ont plus d’oxygène … elles aiment tant, pourtant … elles ne sont pas farouches mais un rien les effarouche et les fait se refermer à l’intérieur de leur sphère fêlée … Ne pas les traiter avec délicatesse et douceur … avec tendresse … c’est décupler leur souffrance … c’est signer leur arrêt de mort . Incomprises, elles le seront toujours. Ce qui effleure le commun des mortels les blesse mortellement . C’est ainsi … ce sont des anges frêles et fragiles, des êtres à l’âme cristal . Des orchidées déchirées … on ne déchire pas seulement les ailes des papillons, on coupe les ailes aux anges … Les anorexiques n’ont pas le regard qui pétille, qui brille, qui scintille, elles ne sourient pas du regard où l’on voit leur cœur en vrille, leur âme grande ouverte . La seule incandescence en elles n’est qu’une toute petite flamme qui s’éteint à cause du rien et qui crie sans bruit et sans larmes . On é-teint-celle … sans voir, croire ni comprendre les lucioles qui meurent comme les libellules . Lullabies like butterflies … C’est la plus belle des rimes … elle dit les berceuses comme des papillons … même les mots sont durs parfois . quand ils trahissent ce qui n’était que douceur … I wanna learn to fly … Voler … entre l’ange et le papillon il y a cette osmose que personne ne ressent … sauf ces êtres qui ne voudraient vivre que d’air et de perles d’eau … et rien d’autre qu’une vie entre-deux, pour ne jamais se poser, colibris de quelques jours qui ont mille battement d’ailes … celles du cœur et de l’âme … Cœur et âme confondus et en écho l’harmonie à préserver … toujours menacée de disparition brutale, captive, capturée, parce qu’en ce monde il faut toujours tout cerner … même les regards qui ne sont pas d’azur, qui sont de ce noir presque sans soleil … et sans lune .