Samedi 29 mars 2008

Mau                                        

                                                                           Mauvais plan 

 

                      Un avant-goût, sans mauvais jeu de mots, on verra pourquoi plus tard . Un avant-goût plus qu’amer sur ce qui m’attend … Remonter le fil du temps c’est aussi difficile … impossible pour moi, maintenant, que de faire de l’escalade en haute montagne .  Je ne sais plus rien … j’ai tout perdu, les mots, l’énergie vitale, et l’angoisse est bien là, par contre, toujours tapie dans un coin . Ce qui me dévore m’attend comme un alligator, ça va me tomber dessus en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire … quant à l’écrire, si je me laisse déborder, c’est la fin, rien de moins . Tout recommence … pourquoi j’ai toujours des chansons dans la tête au moindre mot … évidemment, c’est dans mes gênes … même dans les pires moments … je me shoote à la musique … adaptée à mes « états d’âme » … je devrais mettre trente-six mille guillemets voire plus … Bon, il faudrait quand même que je songe à arrêter de tourner autour du pot, tourner dans mon propre cercle étriqué suffit, pas la peine d’en rajouter .

                     Je reprends tout à zéro . Question de survie, maintenant . Je suis dans la solitude la plus absolue, et dans mon cas c’est en rajouter … sur le fil du rasoir … à tous points de vue … on verra pourquoi . Il faut que j’arrête avec cette phrase avant que ça devienne un leitmotiv ce qui signifierait que je continue dans la procrastination … or c’est un luxe que je ne peux plus me payer . Donc … ça y est, je commence à perdre le fil … au bout de trois lignes ça (re)commence mal … OK … Primo l’impossible face-à-face avec moi-même … on peut s’arrêter là et ce serait un bouquin entier sur ce thème-là et là n’est pas mon propos . Mais je n’ai en rien décidé de tenir un journal . Hors de propos . Inepte . J’ai passé l’âge et qui plus est je n’ai jamais fait ça, ou juste quand j’avais seize ans pendant quelques mois … L’introspection, je la pratique de façon naturelle depuis toujours, non-stop, de manière quasi-pathologique, inutile d’écrire pour ça … mais je l’ai quand même fait … et au final ça donne quoi … des tonnes de feuilles de papiers non classées, mon cœur, mes neurones de disjonctée et mes tripes balancées sur du papier . J’aurais mieux fait d’être peintre, si j’en avais eu le talent . J’ai un thème, en plus … Moi qui ai un mal infini à éviter les digressions et autres fuites dans les chemins de traverse … me fixer un but pareil, c’est voué à l’échec … à l’image de ma vie …  Bon il faut que je le dise une fois pour toutes, promesses ou pas … et pourtant pour moi elles ont caractère sacré qui me lie de manière irréversible . Mais la barre est placée trop haut et je ne suis évidemment pas à la hauteur … donc, je n’y arriverai jamais … voilà, c’est dit, comme un postulat … et à partir de là qu’est-ce qu’on est supposé faire … tout arrêter, une fois de plus ? Je vais y laisser ma peau et j’ai pris des engagements pour que mon témoignage serve à quelqu’un … ne serait-ce qu’une seule personne . Je ne suis pas en état . Mais je ne le serai jamais . Je suis HS, l’insomniaque n’est pas encore sortie de sa torpeur et je rame, je rame . La première page et je n’avance pas . Je n’ai pas encore « prononcé » le mot fatidique … attention il arrive … Assez tergiversé … Je n’en ai plus l’âge … mais survivante … enfin … « si Dieu me prête vie » … je suis une anorexique invétérée qui échappe à tous les schémas … J’entends d’ici les commentaires … Toutes les mêmes … eh bien justement, je suis là pour essayer de convaincre tous ceux qui les jugent et ont une opinion toute faite, et qui plus est bétonnée, sur la question, et ces extra-terrestres qu’on veut absolument réduire à tout et n’importe quoi . Parce qu’elles ne peuvent que déranger, bien évidemment . Bon, j’ai la quarantaine et je suis encore là . Avec un potentiel de résistance assez conséquent au départ, sinon, vraisemblablement j’aurais passé l’arme à gauche depuis longtemps . C’est bien comme ça qu’on dit, non ? De toutes façons, personne n’est là pour me contredire … tu parles d’une liberté, c’est vraiment le top du top . Epuisée avant même d’avoir commencé . Ce n’est que l’infime partie d’un tout qui finit par me dépasser . Je ne suis pas sûre de m’en sortir . Et pourtant c’est aujourd’hui que j’attaque le régime spécial anorexie puisque c’est seulement seule que je peux le faire . Je l’ai programmé, et j’ai commencé directement … mais j’avais décidé que ce serait ça … pas nouveau … systématisé … mais allant de pair, cette fois, avec l’écriture . Reste que les conséquences peuvent être … oserai-je dire tragiques quand il s’agit de ma propre vie ? Ca frôle l’indécence . Mais soyons réalistes … et pragmatiques . Je sais où j’en suis, et les risques que j’encours . 

                     Replongeons dans le cœur du problème … je me trouve devant une nécessité absolue au sens philosophique du terme … Nécessaire :  ce qui ne peut pas ne pas être . Formulé ainsi, ça ressemble à un point d’interrogation … alors j’ai repris des mots datant d’il y a quelques mois … de quand j’avais retrouvé l’écriture … très difficilement, après un très long passage à vide correspondant avec celui de ma vie .         Les mots : question de vie ou de mort .Cet écran me terrifie beaucoup moins que la vie . Tout est trop blanc, et tout me blesse, pourtant, et j’ai aussi peur de la lumière que des ténèbres . Je survis depuis si longtemps en noir et blanc, je suis encore là mais je n’inverse pas la vapeur maintenant, et pas demain, car demain n’existe pas … je vais m’éteindre comme ce bâton d’encens qui brûle près de moi, c’est aussi simple que ça, et c’est aussi complexe . J’essaie de reprendre le fil là où il s’est rompu, mais je ne me souviens plus quand ça s’est produit, j’ai une mémoire d’écorchée vive et le cœur à fleur de peau mais je flotte dans un no man’s land impossible à décrire . Le fil de ma vie est plein de nœuds et on ne peut que m’arracher des lambeaux de chair, des lambeaux de mon cœur si on tente de les défaire, tout est trop serré, comme cette spirale-étau, alors il va me falloir couper, trancher dans le vif, pour, peut-être, atteindre le centre du problème, mais je suis l’incarnation de ce problème, je ne peux donc m’en détacher, je n’ai presque plus de faculté de discernement, si toutefois j’en ai jamais eu . La douleur, je l’ai tuée pour un instant … à grands renforts chimiques, c’est ma seule possibilité de tenir, mais c’est aussi ma façon de mourir . Je ne sais pas qui je suis, les repères de ma vie sont dans un flou qui n’a rien d’artistique, je me suis toujours sentie perdue, je viens d’ailleurs mais j’ignore d’où, je n’ai pas perdu la mémoire, elle est entachée de sang, à l’endroit des entailles, ou des mailles détricotées, cette vie est pleine de vides, et dans tout ce vide je me perds, et je perds mon sang . Où trouver le ressort, je sais trop bien que je dois le faire seule, mais tout est si lourd, tout est fardeau … et c’est aussi ce que je suis . Garder assez d’énergie vitale pour gagner ce combat de la dernière chance, tel est le défi, et je ne sais même pas pourquoi je cherche désespérément à décider … de me laisser entailler par le fil du rasoir ou tenter de m’y maintenir … en équilibre plus que précaire . Je sais ce qu’est l’usure, le déni de soi-même, le refus, la quasi-désincarnation, je n’aspire qu’à l’évanescence et pourtant … je dois bien me trouver quelque part, où tout ce temps perdu j’ai résisté en vain . Je n’aurais pas du entrer dans la vie, j’ai la certitude que je m’y refusais, mais le passage du relais ne peut se faire, pas de traces, ce ne serait rien s’il n’y avait pas … les autres, qui, peut-être, qui sait, pourraient finir par m’avoir en mémoire, même si je n’existe que très faiblement . Je n’ai pas de racines, à l’image d’un arbre dont personne n’a pris soin, et qui s’est étiolé au lieu de se développer . L’absolue solitude, je ne connais que ça, et ma soif d’absolu me met en péril, tout est si confus, il y a trop de choses, et je hais la réduction, j’en ai été assez victime pour savoir qu’elle aussi tue . Les volutes de fumée viennent de cesser, suis-encore là, ou ai-je quitté ce monde mortel, l’usure, mais je peux voir encore, même si ce sont les vibrations d’une musique lointaine, en boucle, qui parle d’âme, qui dit j’ai besoin de quelqu’un, pourtant même ces mots-là il m’est interdit de les dire, tout ce semble être la Vie m’a été interdit … par qui, pourquoi, faut-il raconter cette histoire, je devrais être à mi-vie mais je suis peut-être à la fin, me relever avant qu’il ne soit trop tard, relever l’impossible défi, et creuser dans mes cicatrices au risque de réouvrir les blessures, mais aussi au risque de vivre, ce que je n’ai jamais fait . Je n’entends pas l’écho des mots, c’est si tentant d’abandonner, si tentant de me laisser glisser, d’accompagner ce mouvement descendant, je peux tout arrêter, il me suffit de ne rien dire, et ce sera terminé, en ce monde qui m’est étranger . Etouffer ce cri comme je l’ai fait depuis ma naissance, ou tordre le cou à ce qui m’étouffe, m’écrase, m’étrangle, tout ce qui vient de si loin, tout ce qui m’a catapultée là où je me trouve maintenant, en sachant vaguement comment mais en me demandant toujours pourquoi . Question de vie … ça ressemble à un saut dans le vide avec ou sans élastique, dans un précipice où ma chute libre n’en finit pas . Je suis presque transparente, mais les fantômes qui me hantent m’ont rendue aussi fragile, aussi vulnérable qu’un vieux parchemin, où des signes indéchiffrables s’effacent, il faut faire vite et tenter de remonter le cours de ce temps qui n’existe pas . Tout comme moi, brindille qui brûlera comme de la paille, dans un feu de pacotille, incendiée, broyée, tout ce que l’on voudra . Se laisser glisser, je le fais depuis si longtemps, je n’ai pas appris les règles de la vie, ou je les ai refusées, ou les deux . Je porte un fardeau qui m’écrase et je me veux si légère, coupable, certes, mais de quoi, et pourquoi à mes propres yeux, avant que ça ne soit aux yeux des autres . Impossible réconciliation avec ma propre histoire, puisque je n’en ai été que la spectatrice et non l’actrice . Réparer … Je n’ai pas eu d’autre but . Aucun désir susceptible de me construire une véritable identité . Echafaudage bancal … pire qu’une usurpation, je n’ai pas su être, et tout est allé beaucoup trop vite, jusqu’à ce que je m’enlise dans ces terribles sables mouvants .

par Liza
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus